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mercredi 4 juin 2008

RAGE AGAINST THE MACHINE (RATM) ~ Le P.O.P. Bercy. Paris.













Première Partie : Saul Williams



Ce qu’en a pensé Vik :


« La rumeur courait, puis vint la confirmation officielle… RATM à Paris Bercy le 4 Juin ! Explosion de joie ! Et le vendredi 8 février 2008, à 10h00, je réserve ma place pour ce concert, complet en 15 minutes ! Le groupe, avec son style inimitable et inégalé de rap/métal en fusion, qui a marqué une génération, s’était séparé fin 2000, pour les deux raisons habituelles : mésentente et carrière solo du chanteur. Toutes leurs chansons sont interdites de diffusion, depuis les attentats du 11 septembre 2001, en USA. Ma dernière rencontre, sur 5 en tout, avec RATM, s’était passée au Zénith, le 3 Février 2000 : un concert mythique, plus qu'excessif, avec une annonce qui fait partie de l’histoire : « Good evening, we are Rage Against The Machine from Los Angeles, California, and we're here tonight for the Battle of Paris ». Mémorable souvenir… trempé de sueur des pieds à la tête… hallucinant ! Aujourd’hui, 8 ans plus tard, il y a toujours un grand vide, mais j’ai un peu d’appréhension quant à cette reformation, sans album pour le moment. J’arrive à Bercy à 15h30, et première constatation : beaucoup de monde, assez hétéroclite, des trentenaires, des quadras, mais aussi des ados, au look de guerilleros, à la recherche de la rage ou simplement des sensations fortes procurées par les bains de foule (dans la fosse…). Beaucoup de T-shirts, chaque album est représenté, avec la fameuse étoile rouge sur fond noir, mais aussi d’autres groupes, tels que Fishbone, Faith no more… que des groupes de fusion ! J'arrive devant la grille et je ne bouge plus. Les gens, naturellement, s’agglutinent et s'entassene devant les entrées, montrent leur impatience… Puis, à 18h30, c’est l’ouverture et la course pour avoir les meilleures places. Comme d’habitude pour moi, les gradins, O 24, le premier rang ! L'attente continue sur du hip-hop en fond sonore.

20h30 : les lumières s'éteignent, et c’est la déception : en première partie, on croyait tous à Cypress Hill, puis à Serj Tankian (leader du groupe System of a Down)... eh non… la scène est occupée par Saul Williams, un rappeur black US, archétype d’indien avec son crane rasé de Mohawk emplumé, un ami de Zach De La Rocha. Il est assisté par un claviériste en cape noire, un guitariste aux cheveux en broussaille, tendance hard, et un batteur. C’est un nom qui me parle, grâce à la production de Trent Reznor (NIN). Son show s’avérera conceptuel et étrange, avec bruitages, électro, flashs… du hip-hop, expérimental avec des sonorités métal, un mélange de n'importe quoi, une répétition d'effets de lumière, du slam sur le flow ravageur de cette bête de scène… ce n'est pas terrible, ça laisse à désirer. Un set sacrifié de 40 mn, sifflé et hué, pas loin du naufrage intégral pour ce pari plus que risqué, une cacophonie qui à provoqué un mécontentement général... Dans ce bouillon de musique, à un certain moment, j’ai cru reconnaître une chanson de Bjork… Declare Independance (?)… encore plus étrange ! Les lumières, enfin… et la salle continue de se remplir, l’attente ce soir est vraiment longue.

21h45 : absence totale de lumière « … All hell can't stop us now !.. ». Un projecteur illumine l’étoile rouge zapatiste, avec un bel effet de relief, symbole du groupe et célébration du communisme, sur un drapeau noir au fond d’une scène baignée de rouge : ce sera le seul décor... Et le les quatre membres de Rage Against The Machine arrivent, sans autre lumière, se placent immobiles au centre, au son de « …Vstavaj prokljat’em zaklejmennyj, Ves’ mir golodnyx i rabov! Kipit naš razum vozmušc’ennyj… » : L’Internationale, en version originale russe. Le public, transporté dans le passé, gesticule, et est chaud, très chaud : main droite en l’air avec le poing fermé, tout le monde reprend aussi en chœur l’hymne mais en français… « C'est la lutte finale, Groupons-nous et demain, L'Internationnale, Sera le genre humain… ». Un grand moment d’émotion sur 1 minute et 20 seconds, un grand moment de rage. Le choix politique du groupe est clairement annoncé, et dix-sept mille personnes soupirent : l’attente est enfin terminée. Lumière sur la scène, hurlement énorme de la foule qui semble avoir un orgasme multiple, un petit roulement époustouflant de batterie par Brad, et Zach, le chanteur, crie tout en effectuant son premier saut : « We are rage against the machine of Los Angeles, California »… un riff monumental de Tom, en chemise militaire et casquette kaki avec une étoile rouge, qui éclate comme le tonnerre, suivi immédiatement par la pression vrombissante du bassiste Tim, torse nu avec ses muscles et ses tatouages… « The movie ran through me, The glamour subdued me, The tabloid untied me I'm empty please fill me… » les mots, du grand classique Testify (du 3ème album), sont lancés, criés, exaltés, comme un seul coup de poing d’une grande puissance. En face le public, touché de plein fouet, explose. C’est le chaos dans la fosse, la foule se mettant en mouvement sur un énorme pogo, du jamais vu, sans repères. Zach, chemise granita mais sans dreadlocks, a une une forme éblouissante, il est tellement emporté par ses mouvements que la scène de Bercy en devient petite. La section rythmique écrase tout, monstrueuse, avec des breaks qui éclatent comme de pétards. C’est de la folie, le public des gradins est debout et saute comme sur un trampoline faisant bouger toute la structure métallique. La sécurité est débordée. Tom, 44 ans, charismatique, avec sa Fender hors commerce, élu guitariste de l’année 1997, avec ses riffs très subtils et enragés, avec son flanger d'effets (distorsion, wah wah compression,…), est survolté : il saute lui aussi, volant presque la vedette à Zack. Frissons, puis coups de marteau et poings levés au ciel. La chaleur commence à rendre l’air irrespirable, et ce n’est que le début. L'ambiance de feu est là, on sent que l'esprit RATM est déjà sur nos têtes, ce son inébranlable que tu reçois en face et en plein ventre, sans échappatoire, qui te réduit en miettes.

Zack fait monter la pression avec Bulls on Parade (du 2ème album), encore un classique, suivi de People of The Sun, devant une fosse transformée en un océan de chair. Puis… « Ughh! Hey yo, it's just another bombtrack...ughh! Hey yo, it's just another bombtrack...yeah! It goes a-1, 2, 3... », le morceau Bombtrack attaque, c’est la ligne dure d’un cerveau qui milite. Les rimes tranchantes de Zack sont criées par les fans… « Burn, burn, yes ya gonna burn !.. »… et encore un maxi-pogo, aussitôt enchaîné avec Know Your Enemy. On a l’impression que RATM ne s’est jamais séparé, que Tom a été toujours là pour jouer le riff de Bullet In The Head, pendant lequel il fait tourner sa main gauche en dessous de sa guitare tel un exhibitionniste funambule, et se sert de son jack comme s’il devait faire du scratch sur un vinyl. Pratiquement sans interruption, avec cette section rythmique infernale, avec ces éclairs psychédéliques de guitare de Tom, et avec les visions révolutionnaires de l’imprécateur Zack, RATM a une présence scénique hors norme, et charme son public avec Born Of A Broken Man, Renegades of Funk, Guerrilla Radio, Down Rodeo, Calm Like A Bomb, Sleep Now In The Fire et War Within A Breath, autant de bombes lancées sur une foule sans défense… avant un petit repos, de quelques minutes, bien mérité. Pour les spectateurs, ce sera « une bouffée de vent dans une chemise trempée de sueur » (Wim Wenders).

Le lien de RATM avec son public est fondamental, cela fait partie du spectacle : plus la foule crie, plus ils sont chargés en adrénaline, et plus ils sont ainsi, plus les fans crient. Petit cercle vicieux, mais vertueux. Les morceaux, ce soir, sont exécutés presque comme sur les albums, avec peu de ces variantes dûes habituellement au direct, interprétés à la vitesse de la lumière, avec la voix, restée inchangée, de Zack, qui a maintenant 38 ans. Il réussit toujours son aussi rap rapide, sans fautes et entraîne littéralement un public enflammé. Chaque chanson est une incitation à la rébellion, pour les peuples d’Amérique du Centre et du Sud, ou pour les ouvriers du Nord, pour les renégats de chaque époque, pour celui qui a le courage de témoigner et contre le racisme et contre la discrimination. Peu des formalités, pas de mots entre les chansons, il n’y a ce soir place que pour cette musique explosive qu’est la fusion. RATM, avec son air enragé, reste toujours un extraordinaire et unique mélange de hip hop et de métal, de funk et de punk-rock. Ce soir, c’est une époustouflante démonstration de cohésion, avec une intensité d'énergie absolument bouleversante.


Le rappel, avec Freedom, ahurissant morceau culte, en medley avec Township Rebellion, creuse ainsi dans les réserves d’énergie d’un public désormais épuisé. Puis enchaîné d'un même souffle, c’est le hurlement final de Kipling in the Name… « Some of these that were forces are the same that bore crosses… »… C’est le dernier sursaut pour cette vague des têtes qui bougent. C'est la dernière chance, le moment de se réveiller, de s'épanouir pleinement, de retrouver encore une intensité émotionnelle, une sorte de rage reprise en cœur, qui explose, bras droit et poing levé… « Fuck you I won't do what you tell me... » fait littéralement devenir fou le public, et c’est un vrai spectacle de voir fosse et gradins en émeute, jusqu’au riff final, sous un Bercy en pleine lumière. Tom détache rapidement sa guitare et la lance à un roadie, qui attendait ce geste et qui l’attrape au vol, pendant que Brad envoie ses baguettes à la foule. Les quatre, l’un à coté de l’autre, saluent avec le poing, et le public répond pareillement en hurlant. La révolution, ce soir, est terminée, et ils s’en vont avec un sourire. Applaudissements sans fins. Le public continue de crier sa joie avec le poing levé. C’est vraiment fini ! Réhydratation d'urgence pour tout le monde. Je sors de la salle, il est 23h25 !

Quoi dire de plus de ce concert fantastique, très attendu, et qui rentre tout droit dans mon top perso. Un set court sans nouvelles chansons, mais épuisant, avec un gros son, géant, énorme même ! Un grand délire! Un concert qui restera dans la mémoire collective. Rébellion + colère ! « To set off for the road again », a dit Zack. Une éternité que je ne levais pas, aussi souvent, le poing en l’air ! Je n’ai plus de soufle, plein de courbatures et il me faut encore un moment pour respirer. Ebloui, stupéfait, radieux, d’avoir passé une telle soirée de retour aux années 90, dans la fosse de l’Inferno de Dante Alighieri avec des âmes folles. Le délire était prévu, et délire il y eut ! Non, celui qui n’était pas à ce concert, ne peut pas comprendre… comme en 2000, trempé de sueur des pieds à la tête… hallucinant ! Trop bien, la révolution. Hasta siempre señor Zapata ! Yeah ! Come on !

« Fuck you, I won't do what you tell me / Fuck you, I won't do what you tell me / Fuck you, I won't do what you tell me… ». Avec le poing fermé, à la prochaine revolution, dans la fosse de “Rock en Seine”, en Août à Saint-Cloud, avec plus de Rage encore. »



photos de aftershow - jmenichini


 
Rage Against the Machine (alias Rage ou RATM) est un groupe de rock californien mélangeant le metal, le rap et le funk, originaire de Los Angeles formé en 1990 par Tom Morello et Zack de La Rocha. Avec l'arrivée de Tim Commerford et Brad Wilk, le groupe va marquer les années 1990 jusqu'à sa dissolution en 2000. Le groupe se reforme en janvier 2007 pour le festival de Coachella. Le groupe se caractérise principalement par la rythmique des paroles signées de La Rocha, les effets de guitare de Morello et les prises de position politique dans et en-dehors de la sphère musicale (contre le racisme, le capitalisme et la mondialisation). Plutôt orienté vers l’extrême gauche, RATM est connu pour ses nombreuses revendications et son appui à différents mouvements de revendication sociaux et musicaux.

Les Rage Against the Machine sont les précurseurs, avec les rappeurs Cypress Hill et Ice-T, d'un style mélangeant rap et metal apparu au début des années 1990. C'est un peu la version violente et hip-hop du « rock fusion » inspiré par les Red Hot Chili Peppers. En mixant rudement un rap incisif aux textes très politiques, inspiré directement de la virulence et du pouvoir de contestation de Public Enemy, avec les riffs d'un metal tétanisé (hérité des grands maîtres du genre : Black Sabbath, Led Zeppelin) et les rythmiques d'un funk puissant et combatif, le rock incandescent des RATM devient un modèle du genre.

(http://www.ratm.com/)
(http://www.myspace.com/ratm)
(http://www.facebook.com/pages/Rage-Against-the-Machine/104068139628664)






































Rage Against the Machine (1992)
Evil Empire (1996)
The Battle of Los Angeles (1999)
Renegades (2000)





Tim Commerford – bass guitar, (1992–2000) (2007 – present)
Tom Morello – guitar (1991–2000) (2007 – present)
Zack de la Rocha – lead vocals (1991–2000) (2007 – present)
Brad Wilk – drums (1991–2000) (2007 – present)



La Setlist du Concert
RAGE AGAINST THE MACHINE

Intro (L'Internationale en VO Russe)
Testify (The Battle of Los Angeles - 1999)
Bulls On Parade (Evil Empire - 1996)
People Of The Sun (Evil Empire - 1996)
Bombtrack (Rage Against The Machine - 1992)
Know Your Enemy (Rage Against The Machine - 1992)
Bullet In The Head (Rage Against The Machine - 1992)
Born Of A Broken Man (The Battle of Los Angeles - 1999)
Renegades of Funk (Cover Afrika Bambaataa) (Renegades - 2000)
Guerrilla Radio (The Battle of Los Angeles - 1999)
Down Rodeo (Evil Empire - 1996)
Calm Like A Bomb (The Battle of Los Angeles - 1999)
Sleep Now In The Fire (The Battle of Los Angeles - 1999)
War Within A Breath (The Battle of Los Angeles - 1999)

Encores

Freedom > (Rage Against The Machine - 1992)
> Township Rebellion (Short Version) (Rage Against The Machine - 1992)
Killing In The Name (Rage Against The Machine - 1992)



La durée du concert : 1h19


AFFICHE / PROMO / FLYER





mardi 3 juin 2008

DEVO ~ La Grande Halle De La Villette – Charlie Parker - Paris.












Première Partie : MARVIN


Ce qu’en a pensé Vik :

« C’est avec un subit plaisir de revoir d’anciennes têtes (franchement sans aucun scepticisme !), que je pars pour la traversée de Paris, en direction de la Villette, pour un concert dans le cadre de la troisième édition du festival Villette Sonique : les américains de Devo, avec leurs drôles de chapeaux, sont à l’affiche ce soir pour l’ouverture du festival ! Et le fait est que c’est tellement rare que je ne veux pas les manquer : ce concert est la dernière chance de les voir jouer en Europe cette année. Pour moi, Devo, aujourd'hui bien oubliés par certains, ramènent tous les souvenirs de la fin des années 70 : le Palace, l’ex endroit branché de la capitale (concert du 19 novembre 1978 – le choc) avec Gilles P., le Cirque d’hiver de Boulogne B. (27 juin 1980 – la confirmation), jusqu’au dernier concert à l’Elysée-Montmartre le 18 Sept. 1990. Un must pour tout fan de Devo, Q: Are We Not Men A: We Are Devo (le 1er album de 1978 produit par Brian Eno). Devo, huit albums au compteur, c'est d'abord (I Can't Get no) Satisfaction, mon coup de cœur, le tube des années punk, enregistré en 1977, une basse telle une secousse sismique, un riff acéré de guitare et des nappes sorties d’un synthétiseur robotique - dans le style pur Kraftwerk -, un rythme syncopé et une voix guignolesque très kitsch. Un univers musical différent donc, unique, basé sur la loufoque - mais sérieuse « théorie de la Dé-volution » selon la quelle la planète tourne à l’envers. Les Rolling Stones ont copié la chanson Satisfaction et sa paternité serait attribuée à Devo, pionniers aussi de la musique vidéo. Rires ! Devo sont est un groupe culte, avec ses deux fondateurs, Gerald Casale et Mark Mothersbaugh, et est une réelle référence dans l’histoire du Rock. Avec le groupe dans la tête, mais sans le chapeau rouge destiné à canaliser mes pulsions sexuelles, je rentre dans la salle, en premier comme d’habitude, en me plaçant face à la scène, à dix mètres, perché sur les gradins : la vue y est excellente. Dans le public, je vois quelques fans, habillés de la même façon que le groupe, en tenue complète anti-radiations, de couleur blanche au lieu de jaune, avec des chapeaux « pots de fleurs » (dômes). Je cherche des visages connus, et je vois Robert Gil et Brigitte, sans chapeaux, eux... Joyeuses retrouvailles pour cette soirée.

20h00 : les lumières s’éteignent, il n’y a pas de rideaux et un trio de Montpellier, du nom de Marvin, fait son apparition sur scène. Les musiciens s'installent, Emilie se bloque derrière son clavier korg, tandis que Greg et Fred se placent respectivement derrière la batterie et la guitare, et l’apocalypse sonore commence, avec une énergie insensée. C’est du jam noisy rock instrumental : guitare-batterie-korg ms20 vont délivrer une véritable bourrasque sonore, dans un climat très électrique, rapide et nerveux. Du rock, bien fait, sans fioritures, un déluge sonique, agressif, influencé aussi bien par Can que par Sonic Youth, avec un mélange « noise » et mélodie. Une incroyable furie de rock progressif, teinté de musique électronique, qui reste de haut niveau du début à la fin. C’est avec joie que je découvre enfin ce groupe, après mes lectures dans la presse spécialisée dédiée au rock mélodique et progressif, et je suis abasourdi car c’est un set sans failles. Emilie, très mignonne, debout à gauche face au clavier, est omniprésente avec son KORG et balance un son nasillard au sein de ce rock survolté, saturé et entêtant, qui balaye l’espace de la Villette sans faiblir. Greg, en plein centre, un grand sourire aux lèvres, martyrise de coups secs et réguliers les peaux de sa caisse claire, sur un beat survolté qui claque sur des éclairs de cymbales. Fred, sur la droite, livide au milieu de cette tempête, aligne, en gigotant comme un psychopathe, un déluge de riffs ravageurs de guitare, sur les rythmes énergiques des morceaux, plus intenses les uns que les autres. Le public semble se régaler dès le premier titre. Pas de baisse de pression et les rythmes sont explosifs. Voici un groupe irrésistible sur scène, sans basse et sans voix, mais qui tranche dans le vif, comme un couteau dans la chair. Je m’éclate pour 50 minutes de plaisir total. Il faut absolument acheter leur disque ! Il faut écouter Discose en boucle ! Les trois Marvin finissent leur set avec le sourire et laissent, en pleine lumière, la place aux roadies pour débarrasser la scène.

21h30 : les lumières s’éteignent de nouveau, et le moment tant attendu arrive… la légende va enfin rentrer en scène… Devo ! A ma droite une jeune fille blonde, américaine, de six ans, Eloise, avec un « dôme rouge » sur la tête, bat des pieds et trépigne d'impatience. Un nouveau fan est là ! La relève après moi ! Projection immédiate pour ce début de concert de « In the beginning was the end », un court film documentaire, un peu vieillot sur le futur inhumain dominé par le nucléaire (?!). Quelques minutes après, les lumières sont basses, devant un fond des lettres rouges et jaunes D, E, V, O… entrent enfin sur scène cinq silhouettes... moins maigres, mais les mêmes costumes kitsch, grosses lunettes, ils sont vêtus comme des peintres en bâtiment, avec leurs tenues jaunes vif en papier, portant la marque Devo sur le revers, coiffés de l'éternel « energy dome » rouge (le pot de fleurs renversé une forme de pyramide aztèque ronde !), concentrateur d’énergie sexuelle : grande ovation ! Un choc visuel. L’émotion de voir enfin Devo. Tout est parfait. Le public est conquis par leur style vestimentaire, le concept de Dévo-lution, avant qu’ils aient même joué une seule note. Les spots finissent par s'allumer, les musiciens de Devo sont chacun à leur place : Josh Freese à la batterie à l’extrême gauche (pour qui regarde), Gerald Casale à la basse sans tête Hohner, Bob Mothersbaugh avec une guitare de la même marque, et Bob Casale au synthétiseur, à l’extrême droite. En plein centre, le chanteur, un gros bonhomme (taille XXL) de 58 ans, lunettes rondes,… Mark Mothersbaugh ! Oui, tout le monde est bien là, et les fans de Devo aussi, il y a de drôles de chapeaux partout maintenant : on sent vraiment le grand retour du groupe.
« Everybody it's a good thing, everybody wants a good thing, everybody ain't it true that… » est lancé en ouverture, That's Good , le son est excellent et je peux affirmer que nos précurseurs du rock électronique n'ont rien perdu de leur saveur et de leur tranchant, ils sont bien en place, et même la voix de Mark n’a pas changé. On est en peine ère Dévo-lution ! L'enthousiasme monte. Pas de doutes, c’est les mêmes, je les écoute en live… en vrai ! Suit Going Under, le salut « Peek-a-boo, Paris ! »... et les choses deviennent sérieuses avec un enchainement infernal des leur grand classiques électros, les tubes, Girl U Want, le choc dès qu'on entend Whip It, puis Secret Agent Man, la reprise de Johnny Rivers. C’est une joie de réentendre ces titres dans ce concert qui, à chaque chanson, gagne en intensité. Le show est très précis, carré à l’américaine, on sent que l'improvisation n'a pas sa place, ce soir. Josh est un batteur enragé, assez impressionnant par son rythme de coups de grosse caisse, il se met en avant sur chaque morceau, soutenu par le son de guitare impeccable de Bob.
Le spectacle est une merveille, le light show est magnifique, les musiciens sont parfaits dans leurs mouvements, dans leur chorégraphie, ils assurent vraiment dans une cohésion spectaculaire et c’est un vrai travaille de pros, qui fait oublier l’âge. Leur plaisir de jouer est communicatif. La vérité est que Devo en live n'a pas vieilli, car c’est un groupe hors mode. L’apothéose du concert arrive quand la formation laisse tomber les synthés et reprend les guitares, j’attendais ce moment. Mark, détaché, bouge beaucoup, s’adresse au public « It's about DEVO taking over the fucking planet » et balance froidement la reprise robotisé de 1977, I Can't Get No (Satisfaction) : assez terrifiant, étonnante reprise plus de 30 ans après, restée inégalée depuis ce traitement de choc, un mix de synthé-pop-beat, une vrai merveille que je n’arrête pas d’écouter encore aujourd’hui. Je suis hébété. On se rend compte immédiatement que les neurones heureux de Mark sautent sur la scène comme des grillons. Le plaisir est avec nous. On entre dans la période « Q: Are We Not Men A: We Are Devo », on poursuit avec Uncontrollable Urge, morceau punk qui voit Mark déchirer sa combinaison jaune, puis celle des autres musiciens.
C'est la folie dans le public : enflamméa, heureux, depuis des années on a attendu ce retour et ce moment inesperé. Les chapeaux rouges bougent. Bien sûr, le public a vieilli comme le groupe, mais connaît toujours les paroles des chansons par cœur. Eh oui ! Parmi les premiers rangs on se dispute encore pour arracher un précieux bout de combinaison jaune vif, comme au Palace en 1978. Je vis ce moment avec un sourire discret, car j’ai toujours mon morceau fétiche de l’époque. On remarque vite que le groupe donne beaucoup, ils semblent plus qu’en forme, toujours piqués par la Devo-lution, comme s’ils sortaient un nouveau disque. Je le sentais venir cet événement et j’en suis heureux. Ils enchaînent avec fluidité le grandiose Mongoloïd, avec sa ligne de basse simple et facile à mémoriser, et Mark en pleine chorégraphie. Le rendu sonore est magnifique grâce aussi à la participation de Josh, le batteur, devenu de plus en plus maitre de la scène. Suit Blockhead, chanson simple de l’album « Duty Now For The Future » (1979), et encore l’incontournable Jocko Homo. Mark se penche sur le bord de la scène et crie « How many believe that DEVOlution is real ? » et devant l'approbation massive des spectateurs, demande à plusieurs reprises « Are We Not Men? » qui permet aux fans de hurler à plein poumons « We are devo !». Le meilleur a été gardé pour le fin set avec un époustouflant Gates Of Steel.

Après une courte pause, le rappel, avec Freedom Of Choice en premier : le groupe est en tenue classique de boxeurs, puis Gut Feeling, qui a un peu vieilli... Mais les surprises ne sont pas terminées car Beautiful World arrive. Nous avons la visite de l’alter-ego Booji Boy (le poupon géant, au masque d'enfant en plastique, habité par la voix de Mark Mothersbaugh)…« It’s a beautiful world… For you, but not for me », lançant des balles colorées qui rebondissent pour nous rendre tous heureux comme des enfants... et qui met fin au spectacle avec une dernière pensée «You can shake it to me all night long, Hey hey, It's not for me!». Ovation obligée ! Après cela, le groupe quitte rapidement de la scène, Les lumières se rallument. Voilà c'est fini... vraiment !
Ce soir on a choisi de remonter le temps, « Are we not men ? We are Devo »... bien sûr, ce n’est pas de la nostalgie, mais c’est le retour de Devo dans un couloir temporel de couleur jaune, absurde, rigolo et charismatique : une légende qui réunit jeunes et plus anciens,… après 19 ans d’attente ! Espérons qu’un album pourra voir le jour en 2009… et tant pis si Devo a pris 19 ans de plus, comme nous tous. Certes, ils ont vieillis, mais ce soir, c’était une débauche d'énergie et une bonne ambiance, que voulez-vous de plus ? 30 ans après avoir mangé leur hamburger « tonus de vitalité », ils pètent encore le feu. On a fait ensemble une chevauchée fantastique de la Devo-lution pour ce show sobre mais intense ! Encore sous le coup de l'émotion mais avec un peu de recul, je dis que ce fut une bonne soirée, que c’était LE concert à ne pas louper ! La légende a encore frappé. Eloise, très souriante mais pas trop causante me dit « bye bye » et s’en va heureuse, donnant la main à sa maman, pour récupérer son papa dans la fosse… la salle se vide.
Alors,…prolongez cette soirée, bougez, décoincez-vous un peu, dansez, sautez comme des kangourous, hurlez comme des ados, mettez-vous les chapeaux rouges dômes sur la tête, récupérez votre énergie sexuelle et criez comme des malades : « When a problem comes along / You must whip it / Before the cream sits out too long / You must whip it / When somethings going wrong / You must whip it ! »





photos de
 
Marvin, précédé d’une réputation de groupe de scène redoutable, ce combo de Montpellier a grandi aux sons post-punk et noise-rock les plus échevelés. Voix vocodées, riffs de guitares endiablés, synthétiseurs véloces, batterie épileptique...



Fondé sur le concept de "dévolution", soit une régression de l’homme au fur et à mesure qu’il est censé évoluer, Devo, originaire d'Akron en Ohio, bâtit depuis 1972 un univers musical absurde, kitsch et coloré, pastichant le totalitarisme technologique et l’abrutissement de la société industrielle. Leur musique, post-krautrock et pré-new-wave, très en avance sur son temps, doit autant à Can et Neu ! qu’à Zappa et Captain Beefheart : des titres comme Mongoloïd, Satisfaction (reprise irrespectueuse des Rolling Stones) ou, plus tardivement, Whip It, avec ses rythmes affolés et ses synthétiseurs dissonnants, sont des sommets de punk électronique loufoque. Devo signe chez Warner Bros et enregistre avec Brian Eno son premier album Q: are we not men? A: we are Devo! qui devient un hit underground. Suit Duty now for the future en 1979. Devo se fait connaître du grand public grâce à l'album Freedom of choice. Soucieux de leur imagerie conceptuelle, le groupe peaufine un look de savant fou (combinaison jaune, chapeau ’pot de fleur’), devenu aussi célèbre que celui de Kraftwerk ou des Residents. Plus que jamais d’actualité, ce monde déréalisé n’a jamais été autant en phase avec la réalité du monde.Au cours des années 90, Devo se produit sporadiquement mais a entamé l’année dernière une tournée des plus beaux festivals européens (tête d’affiche des derniers Sonar et Benicàssim en Espagne, Meltdown pour Jarvis Cocker à Londres) et donnera à Villette Sonique son premier concert en France depuis 25 ans. Un évènement !

(http://www.clubdevo.com/)
(http://www.myspace.com/devo)
(http://www.facebook.com/ClubDEVO)








































Q: Are We Not Men? A: We Are Devo! (1978)
Duty Now for the Future (1979)
Freedom of Choice (1980)
New Traditionalists (1981)
Oh, No! It's Devo (1982)
Shout (1984)
Total Devo (1988)
Smooth Noodle Maps (1990)


 
MARVIN







Emilie - keyboard
Fred - guitar
Greg – Drums
















Gerald Casale - Bass Guitar, Bass Synthesizer,
Vocals
Mark Mothersbaugh - Synthesizers,
Vocals
Bob Mothersbaugh ("Bob 1") - Guitar, Vocals,
Bob Casale ("Bob 2") - Guitar, Keyboards,
Vocals, Engineer,
Josh Freese - Drums.










La Setlist du Concert
DEVO




That's Good (Oh, No! It's Devo - 1982)
Going Under (New Traditionalists - 1981)
Peek-A-Boo ! (Oh, No! It's Devo - 1982)
Girl U Want (Freedom Of Choice - 1980)
Whip It ! (Freedom Of Choice - 1980)
Secret Agent Man (Duty Now For The Future - 1979)
(I Can't Get No) Satisfaction (Cover The Rolling Stones) (Q. Are We Not Men? A. Wa Are Devo! - 1978)
Uncontrollable Urge (Q. Are We Not Men? A. Wa Are Devo! - 1978)
Mongoloïd (Q. Are We Not Men? A. Wa Are Devo! - 1978)
Blockhead (Duty Now For The Future - 1979)
Jocko Homo (Q. Are We Not Men? A. Wa Are Devo! - 1978)
Smart Patrol / Mr. Dna (Duty Now For The Future - 1979)
Gates Of Steel (Freedom Of Choice - 1980)

Encores

Freedom Of Choice (Freedom Of Choice - 1980)
Gut Feeling Bon feeling (Q. Are We Not Men? A. Wa Are Devo! - 1978)
Beautiful World (New Traditionalists - 1981)



La durée du concert : 1h15


AFFICHE / PROMO / FLYER