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mardi 3 juin 2008

DEVO ~ La Grande Halle De La Villette – Charlie Parker - Paris.












Première Partie : MARVIN


Ce qu’en a pensé Vik :

« C’est avec un subit plaisir de revoir d’anciennes têtes (franchement sans aucun scepticisme !), que je pars pour la traversée de Paris, en direction de la Villette, pour un concert dans le cadre de la troisième édition du festival Villette Sonique : les américains de Devo, avec leurs drôles de chapeaux, sont à l’affiche ce soir pour l’ouverture du festival ! Et le fait est que c’est tellement rare que je ne veux pas les manquer : ce concert est la dernière chance de les voir jouer en Europe cette année. Pour moi, Devo, aujourd'hui bien oubliés par certains, ramènent tous les souvenirs de la fin des années 70 : le Palace, l’ex endroit branché de la capitale (concert du 19 novembre 1978 – le choc) avec Gilles P., le Cirque d’hiver de Boulogne B. (27 juin 1980 – la confirmation), jusqu’au dernier concert à l’Elysée-Montmartre le 18 Sept. 1990. Un must pour tout fan de Devo, Q: Are We Not Men A: We Are Devo (le 1er album de 1978 produit par Brian Eno). Devo, huit albums au compteur, c'est d'abord (I Can't Get no) Satisfaction, mon coup de cœur, le tube des années punk, enregistré en 1977, une basse telle une secousse sismique, un riff acéré de guitare et des nappes sorties d’un synthétiseur robotique - dans le style pur Kraftwerk -, un rythme syncopé et une voix guignolesque très kitsch. Un univers musical différent donc, unique, basé sur la loufoque - mais sérieuse « théorie de la Dé-volution » selon la quelle la planète tourne à l’envers. Les Rolling Stones ont copié la chanson Satisfaction et sa paternité serait attribuée à Devo, pionniers aussi de la musique vidéo. Rires ! Devo sont est un groupe culte, avec ses deux fondateurs, Gerald Casale et Mark Mothersbaugh, et est une réelle référence dans l’histoire du Rock. Avec le groupe dans la tête, mais sans le chapeau rouge destiné à canaliser mes pulsions sexuelles, je rentre dans la salle, en premier comme d’habitude, en me plaçant face à la scène, à dix mètres, perché sur les gradins : la vue y est excellente. Dans le public, je vois quelques fans, habillés de la même façon que le groupe, en tenue complète anti-radiations, de couleur blanche au lieu de jaune, avec des chapeaux « pots de fleurs » (dômes). Je cherche des visages connus, et je vois Robert Gil et Brigitte, sans chapeaux, eux... Joyeuses retrouvailles pour cette soirée.

20h00 : les lumières s’éteignent, il n’y a pas de rideaux et un trio de Montpellier, du nom de Marvin, fait son apparition sur scène. Les musiciens s'installent, Emilie se bloque derrière son clavier korg, tandis que Greg et Fred se placent respectivement derrière la batterie et la guitare, et l’apocalypse sonore commence, avec une énergie insensée. C’est du jam noisy rock instrumental : guitare-batterie-korg ms20 vont délivrer une véritable bourrasque sonore, dans un climat très électrique, rapide et nerveux. Du rock, bien fait, sans fioritures, un déluge sonique, agressif, influencé aussi bien par Can que par Sonic Youth, avec un mélange « noise » et mélodie. Une incroyable furie de rock progressif, teinté de musique électronique, qui reste de haut niveau du début à la fin. C’est avec joie que je découvre enfin ce groupe, après mes lectures dans la presse spécialisée dédiée au rock mélodique et progressif, et je suis abasourdi car c’est un set sans failles. Emilie, très mignonne, debout à gauche face au clavier, est omniprésente avec son KORG et balance un son nasillard au sein de ce rock survolté, saturé et entêtant, qui balaye l’espace de la Villette sans faiblir. Greg, en plein centre, un grand sourire aux lèvres, martyrise de coups secs et réguliers les peaux de sa caisse claire, sur un beat survolté qui claque sur des éclairs de cymbales. Fred, sur la droite, livide au milieu de cette tempête, aligne, en gigotant comme un psychopathe, un déluge de riffs ravageurs de guitare, sur les rythmes énergiques des morceaux, plus intenses les uns que les autres. Le public semble se régaler dès le premier titre. Pas de baisse de pression et les rythmes sont explosifs. Voici un groupe irrésistible sur scène, sans basse et sans voix, mais qui tranche dans le vif, comme un couteau dans la chair. Je m’éclate pour 50 minutes de plaisir total. Il faut absolument acheter leur disque ! Il faut écouter Discose en boucle ! Les trois Marvin finissent leur set avec le sourire et laissent, en pleine lumière, la place aux roadies pour débarrasser la scène.

21h30 : les lumières s’éteignent de nouveau, et le moment tant attendu arrive… la légende va enfin rentrer en scène… Devo ! A ma droite une jeune fille blonde, américaine, de six ans, Eloise, avec un « dôme rouge » sur la tête, bat des pieds et trépigne d'impatience. Un nouveau fan est là ! La relève après moi ! Projection immédiate pour ce début de concert de « In the beginning was the end », un court film documentaire, un peu vieillot sur le futur inhumain dominé par le nucléaire (?!). Quelques minutes après, les lumières sont basses, devant un fond des lettres rouges et jaunes D, E, V, O… entrent enfin sur scène cinq silhouettes... moins maigres, mais les mêmes costumes kitsch, grosses lunettes, ils sont vêtus comme des peintres en bâtiment, avec leurs tenues jaunes vif en papier, portant la marque Devo sur le revers, coiffés de l'éternel « energy dome » rouge (le pot de fleurs renversé une forme de pyramide aztèque ronde !), concentrateur d’énergie sexuelle : grande ovation ! Un choc visuel. L’émotion de voir enfin Devo. Tout est parfait. Le public est conquis par leur style vestimentaire, le concept de Dévo-lution, avant qu’ils aient même joué une seule note. Les spots finissent par s'allumer, les musiciens de Devo sont chacun à leur place : Josh Freese à la batterie à l’extrême gauche (pour qui regarde), Gerald Casale à la basse sans tête Hohner, Bob Mothersbaugh avec une guitare de la même marque, et Bob Casale au synthétiseur, à l’extrême droite. En plein centre, le chanteur, un gros bonhomme (taille XXL) de 58 ans, lunettes rondes,… Mark Mothersbaugh ! Oui, tout le monde est bien là, et les fans de Devo aussi, il y a de drôles de chapeaux partout maintenant : on sent vraiment le grand retour du groupe.
« Everybody it's a good thing, everybody wants a good thing, everybody ain't it true that… » est lancé en ouverture, That's Good , le son est excellent et je peux affirmer que nos précurseurs du rock électronique n'ont rien perdu de leur saveur et de leur tranchant, ils sont bien en place, et même la voix de Mark n’a pas changé. On est en peine ère Dévo-lution ! L'enthousiasme monte. Pas de doutes, c’est les mêmes, je les écoute en live… en vrai ! Suit Going Under, le salut « Peek-a-boo, Paris ! »... et les choses deviennent sérieuses avec un enchainement infernal des leur grand classiques électros, les tubes, Girl U Want, le choc dès qu'on entend Whip It, puis Secret Agent Man, la reprise de Johnny Rivers. C’est une joie de réentendre ces titres dans ce concert qui, à chaque chanson, gagne en intensité. Le show est très précis, carré à l’américaine, on sent que l'improvisation n'a pas sa place, ce soir. Josh est un batteur enragé, assez impressionnant par son rythme de coups de grosse caisse, il se met en avant sur chaque morceau, soutenu par le son de guitare impeccable de Bob.
Le spectacle est une merveille, le light show est magnifique, les musiciens sont parfaits dans leurs mouvements, dans leur chorégraphie, ils assurent vraiment dans une cohésion spectaculaire et c’est un vrai travaille de pros, qui fait oublier l’âge. Leur plaisir de jouer est communicatif. La vérité est que Devo en live n'a pas vieilli, car c’est un groupe hors mode. L’apothéose du concert arrive quand la formation laisse tomber les synthés et reprend les guitares, j’attendais ce moment. Mark, détaché, bouge beaucoup, s’adresse au public « It's about DEVO taking over the fucking planet » et balance froidement la reprise robotisé de 1977, I Can't Get No (Satisfaction) : assez terrifiant, étonnante reprise plus de 30 ans après, restée inégalée depuis ce traitement de choc, un mix de synthé-pop-beat, une vrai merveille que je n’arrête pas d’écouter encore aujourd’hui. Je suis hébété. On se rend compte immédiatement que les neurones heureux de Mark sautent sur la scène comme des grillons. Le plaisir est avec nous. On entre dans la période « Q: Are We Not Men A: We Are Devo », on poursuit avec Uncontrollable Urge, morceau punk qui voit Mark déchirer sa combinaison jaune, puis celle des autres musiciens.
C'est la folie dans le public : enflamméa, heureux, depuis des années on a attendu ce retour et ce moment inesperé. Les chapeaux rouges bougent. Bien sûr, le public a vieilli comme le groupe, mais connaît toujours les paroles des chansons par cœur. Eh oui ! Parmi les premiers rangs on se dispute encore pour arracher un précieux bout de combinaison jaune vif, comme au Palace en 1978. Je vis ce moment avec un sourire discret, car j’ai toujours mon morceau fétiche de l’époque. On remarque vite que le groupe donne beaucoup, ils semblent plus qu’en forme, toujours piqués par la Devo-lution, comme s’ils sortaient un nouveau disque. Je le sentais venir cet événement et j’en suis heureux. Ils enchaînent avec fluidité le grandiose Mongoloïd, avec sa ligne de basse simple et facile à mémoriser, et Mark en pleine chorégraphie. Le rendu sonore est magnifique grâce aussi à la participation de Josh, le batteur, devenu de plus en plus maitre de la scène. Suit Blockhead, chanson simple de l’album « Duty Now For The Future » (1979), et encore l’incontournable Jocko Homo. Mark se penche sur le bord de la scène et crie « How many believe that DEVOlution is real ? » et devant l'approbation massive des spectateurs, demande à plusieurs reprises « Are We Not Men? » qui permet aux fans de hurler à plein poumons « We are devo !». Le meilleur a été gardé pour le fin set avec un époustouflant Gates Of Steel.

Après une courte pause, le rappel, avec Freedom Of Choice en premier : le groupe est en tenue classique de boxeurs, puis Gut Feeling, qui a un peu vieilli... Mais les surprises ne sont pas terminées car Beautiful World arrive. Nous avons la visite de l’alter-ego Booji Boy (le poupon géant, au masque d'enfant en plastique, habité par la voix de Mark Mothersbaugh)…« It’s a beautiful world… For you, but not for me », lançant des balles colorées qui rebondissent pour nous rendre tous heureux comme des enfants... et qui met fin au spectacle avec une dernière pensée «You can shake it to me all night long, Hey hey, It's not for me!». Ovation obligée ! Après cela, le groupe quitte rapidement de la scène, Les lumières se rallument. Voilà c'est fini... vraiment !
Ce soir on a choisi de remonter le temps, « Are we not men ? We are Devo »... bien sûr, ce n’est pas de la nostalgie, mais c’est le retour de Devo dans un couloir temporel de couleur jaune, absurde, rigolo et charismatique : une légende qui réunit jeunes et plus anciens,… après 19 ans d’attente ! Espérons qu’un album pourra voir le jour en 2009… et tant pis si Devo a pris 19 ans de plus, comme nous tous. Certes, ils ont vieillis, mais ce soir, c’était une débauche d'énergie et une bonne ambiance, que voulez-vous de plus ? 30 ans après avoir mangé leur hamburger « tonus de vitalité », ils pètent encore le feu. On a fait ensemble une chevauchée fantastique de la Devo-lution pour ce show sobre mais intense ! Encore sous le coup de l'émotion mais avec un peu de recul, je dis que ce fut une bonne soirée, que c’était LE concert à ne pas louper ! La légende a encore frappé. Eloise, très souriante mais pas trop causante me dit « bye bye » et s’en va heureuse, donnant la main à sa maman, pour récupérer son papa dans la fosse… la salle se vide.
Alors,…prolongez cette soirée, bougez, décoincez-vous un peu, dansez, sautez comme des kangourous, hurlez comme des ados, mettez-vous les chapeaux rouges dômes sur la tête, récupérez votre énergie sexuelle et criez comme des malades : « When a problem comes along / You must whip it / Before the cream sits out too long / You must whip it / When somethings going wrong / You must whip it ! »





photos de
 
Marvin, précédé d’une réputation de groupe de scène redoutable, ce combo de Montpellier a grandi aux sons post-punk et noise-rock les plus échevelés. Voix vocodées, riffs de guitares endiablés, synthétiseurs véloces, batterie épileptique...



Fondé sur le concept de "dévolution", soit une régression de l’homme au fur et à mesure qu’il est censé évoluer, Devo, originaire d'Akron en Ohio, bâtit depuis 1972 un univers musical absurde, kitsch et coloré, pastichant le totalitarisme technologique et l’abrutissement de la société industrielle. Leur musique, post-krautrock et pré-new-wave, très en avance sur son temps, doit autant à Can et Neu ! qu’à Zappa et Captain Beefheart : des titres comme Mongoloïd, Satisfaction (reprise irrespectueuse des Rolling Stones) ou, plus tardivement, Whip It, avec ses rythmes affolés et ses synthétiseurs dissonnants, sont des sommets de punk électronique loufoque. Devo signe chez Warner Bros et enregistre avec Brian Eno son premier album Q: are we not men? A: we are Devo! qui devient un hit underground. Suit Duty now for the future en 1979. Devo se fait connaître du grand public grâce à l'album Freedom of choice. Soucieux de leur imagerie conceptuelle, le groupe peaufine un look de savant fou (combinaison jaune, chapeau ’pot de fleur’), devenu aussi célèbre que celui de Kraftwerk ou des Residents. Plus que jamais d’actualité, ce monde déréalisé n’a jamais été autant en phase avec la réalité du monde.Au cours des années 90, Devo se produit sporadiquement mais a entamé l’année dernière une tournée des plus beaux festivals européens (tête d’affiche des derniers Sonar et Benicàssim en Espagne, Meltdown pour Jarvis Cocker à Londres) et donnera à Villette Sonique son premier concert en France depuis 25 ans. Un évènement !

(http://www.clubdevo.com/)
(http://www.myspace.com/devo)
(http://www.facebook.com/ClubDEVO)








































Q: Are We Not Men? A: We Are Devo! (1978)
Duty Now for the Future (1979)
Freedom of Choice (1980)
New Traditionalists (1981)
Oh, No! It's Devo (1982)
Shout (1984)
Total Devo (1988)
Smooth Noodle Maps (1990)


 
MARVIN







Emilie - keyboard
Fred - guitar
Greg – Drums
















Gerald Casale - Bass Guitar, Bass Synthesizer,
Vocals
Mark Mothersbaugh - Synthesizers,
Vocals
Bob Mothersbaugh ("Bob 1") - Guitar, Vocals,
Bob Casale ("Bob 2") - Guitar, Keyboards,
Vocals, Engineer,
Josh Freese - Drums.










La Setlist du Concert
DEVO




That's Good (Oh, No! It's Devo - 1982)
Going Under (New Traditionalists - 1981)
Peek-A-Boo ! (Oh, No! It's Devo - 1982)
Girl U Want (Freedom Of Choice - 1980)
Whip It ! (Freedom Of Choice - 1980)
Secret Agent Man (Duty Now For The Future - 1979)
(I Can't Get No) Satisfaction (Cover The Rolling Stones) (Q. Are We Not Men? A. Wa Are Devo! - 1978)
Uncontrollable Urge (Q. Are We Not Men? A. Wa Are Devo! - 1978)
Mongoloïd (Q. Are We Not Men? A. Wa Are Devo! - 1978)
Blockhead (Duty Now For The Future - 1979)
Jocko Homo (Q. Are We Not Men? A. Wa Are Devo! - 1978)
Smart Patrol / Mr. Dna (Duty Now For The Future - 1979)
Gates Of Steel (Freedom Of Choice - 1980)

Encores

Freedom Of Choice (Freedom Of Choice - 1980)
Gut Feeling Bon feeling (Q. Are We Not Men? A. Wa Are Devo! - 1978)
Beautiful World (New Traditionalists - 1981)



La durée du concert : 1h15


AFFICHE / PROMO / FLYER





























dimanche 1 juin 2008

CAT POWER ~ L'Olympia. Paris.











Première partie : Appaloosa


Ce qu’en a pensé Vik :

«Assurément, nous ne pouvons pas rester indifférents devant l’enseigne de néons rouges qui éclaire le boulevard ce soir. Je dis nous, car Gilles B est là ce soir (un dimanche...) devant l’Olympia, pour cette nouvelle soirée de folk n' blues country soul avec Cat Power, alias Chan Marshall, belle et talentueuse, après sa venue au Bataclan en janvier 2008, le jour même de la sortie de son album « Jukebox ». On respire : quel changement chez cette artiste (une véritable métamorphose), après une traversée du désert dûe à ses abus d'alcool, que cette nouvelle orientation artistique, et cette fois-ci, c’est sûr, elle va nous proposer un spectacle digne de ses albums « The Greatest » et «Jukebox», qui sont restés relativement longtemps sur ma platine, digne de cette belle immersion dans l'âme du blues – instimiste. Chan, découverte entre autres par Steve Shelley, de Sonic Youth, a une voix différente de toutes celles que j’ai entendues avant, combinant une tonalité un peu rauque avec une douceur inouïe : fragile et gracieuse, reconnaissable entre mille, elle s’approche un peu de l’univers feutré de Norah Jones, sur une musique simple mais profonde, et souvent bouleversante. Et d’abord, pourquoi ce concert ? Disons qu’une fois qu'on a entendu Cat Power, on ne peut plus la lâcher. Voilà ma réponse (... avec celle de Gilles B : « Je suis fasciné par Chan »...). Une hallucination consensuelle mais sensuelle aussi, un concert événement, ce soir avec Chan et son groupe qui viennent envoûter cette salle mythique. Un tour au stand merchandising, le temps de boire une bière dans un cadre sympa au bar, et on se place à la mezzanine, comme d’habitude. Bref, vue imprenable, plongeante sur toute la scène, en attendant que le concert commence. De nombreux jeunes gens, quelque seniors dans le public, et je me dis que ce soir, je vais enfin rejoindre la foule des admirateurs de Cat Power.

20h00 : les lumières s’éteignent, la première partie, c’est Appaloosa, un duo français électro-toy-pop français, montés sur le « traineau Yelle » : une chanteuse avec une voix horrible marchant d'un côté à l'autre de la scène, des textes kitch d’une nullité absolue, sans intérêt. Le set électro, malgré les efforts musicaux du « petit jeune » à la guitare, aux keyboards et au laptop (plutôt originaux), est copieusement hué et sifflé par le public. Bon, ils sont restés jusqu'au bout, 37 minutes de ridicule. N’a-t-on pas le droit, pour le prix, de s’attendre à une première partie digne de ce nom et non à n’importe quoi pour remplir la soirée ? S’agit-il d’une amie de Chan ? Ce soir grotesque, presque un assaut de méchanceté, avec la complicité narquoise du responsable de la tournée.

21h00 : les lights s'éteignent pour la deuxième fois. Dans la salle, la température monte, et la scène prend une dominante de couleur vert kaki. Je m'installe bien au premier rang. Apparaît alors - comme une féline - Chan, alias Cat Power, qui arpente la scène sur toute sa largeur, chemise verte, cravate noir au cou, jeans noir et baskets blanches. Elle est particulièrement attirante, par sa gestuelle abondante (peut-être pas sexy, mais...), qui se veut féline, comme son nom. Tout le charisme et la beauté de sa voix sont bien là. L'effet est immédiat, elle est très applaudie par le public. C’est avec le Dirty Delta Blues Band, un assemblage de musiciens déjà connus par ailleurs qui l’accompagnent sur l’album « Jukebox », que Cat Power se produit ce soir. Tout aussi, sinon plus impressionnant que Chan, il y a Judah Bauer, qui avait fait la gloire du Jon Spencer Blues Explosion, caché derrière ses lunettes de soleil foncées, à la guitare, Gregg Foreman (ex Delta 72) aux claviers, Erik Paparazzi (Ex Lizard Music) à la basse et l’australien Jim White (ex Dirty Three ) au percussions. Ces musiciens, sur scène ce soir, sont tous plus brillants les uns que les autres, mais bien sûr, c’est Chan qui se trouve sous la lumière des projecteurs.

Et le concert démarre... « Hush now, don't explain, Just say you'll remain, I'm glad your back, don't explain… » : la reprise de Billie Holiday marque l’entrée dans l’univers de Chan, des notes délicates en ouverture, une mélodie minimaliste de piano, magnifique avec cette voix au bord de la rupture, et des musiciens qui l’accompagnent d’une façon impeccable. Musicalement, il n'y a rien à redire, le groupe est absolument fabuleux, avec un style reconnaissable dès les premières notes. Suit la reprise de Janis Joplin Woman Left Lonely, et là je ressens une impression de concert carré, répété, précis. Un peu trop même, car ça se voit : dès qu’il s’agit d’une reprise, Cat Power en respecte la mélodie originale, l’interprète brillamment mais de manière relativement impersonnelle. La véritable émotion dans le chant a du mal à passer, mais derrière, le groove se met lentement en place.

Puis, sans attendre, une petite émotion - à couper le souffle – arrive, tout doucement. Je me laisse prendre et transporter vers ce paradis. Entre chaque morceau, du silence : elle ne parle pas et la musique ne s'arrête pas plus de quelques secondes. La setlist, non-stop, fait une part importante au nouvel album « Juke-box », ce qui ne me déplaît pas, avec une grande majorité de standards de grands artistes des années 60, aussi divers que Frank Sinatra, James Brown, Joni Mitchell, Lee Clayton, Roberta Flack ou Hank Williams. Aucune surprise par rapport au CD, Chan interprète chaque chanson de manière bien léchée, avec beaucoup de grâce, aidée par un Delta Blues Dirty en parfaite cohésion, au service de chaque morceau. A noter quand même le clavier qui a tendance à jouer à la star... Le son est vraiment exceptionnel, et certains titres de Jukebox en deviennent sublimes. Le chant de Chan est lui aussi impeccable, proche de celui d’une Norah Jones : une voix sensuelle, peu puissante, étonnamment timide et rocailleuse. La scène est plongée dans le noir, éclairée seulement par une lueur orange, pourpre, ou vert, avec la poursuite blanche sur l’artiste qui fait les 100 pas sur scène. Le joli visage de Chan est en pleine lumière et un fan, à côte de moi, s’exclame : « Elle es trop belle ! Elle est tout simplement trop belle ! ».

Un impeccable Song To Bobby arrive, petite perle écrite par Chan… (« I wanna tell you, I've always wanted to tell you, But I never had the chance to say… ») : dédié à Bob Dylan, dépouillé en prime, l’un de mes titres favoris, qui me donne la chair de poule... Avec aussi Metal Heart, éblouissante relecture de l’album « Moon Pix » de 1999, avec cette intro grandiose au piano par Gregg, d’une grande intensité, puis l’arrivée de la basse, la batterie et cette guitare cristalline de Judah, et avec une fin dantesque : ovation d’un public conquis d’avance, qui connaît ses classiques. Visiblement Chan est en forme, et heureuse d'être là. Et puis, alors que je me suis confortablement installé dans le plaisir de l’écouter, elle sort discrètement de scène, sans un mot ou un regard, laissant Gregg aux claviers et Erik à la basse jouer l’intro du Blue, de Joni Mitchell, un tapis sonore de plusieurs minutes. Toujours discrètement, Chan revient, nonchalante, comme s’il s’agissait d’un rappel : elle est vêtue cette fois de noir, avec épaule nue assez sexy… et elle termine le morceau... « Blue, there is a song for you, Ink on a pin, Underneath the skin, An empty space to fill in… » Etrange moment...


La seconde partie du set, un peu plus rythmée, prend plus l’ampleur et comprend quelques magnifiques chansons de l’album The Greatest, mon coup de cœur. C’est le retour des chansons originales de Chan, et avec elles, des éclats de bonheur : elle balance Where is my love, l’un de mes favoris, d’une voix douce qui fait frissonner, sur piano très soul. Le public exulte. Avec la violence fragile qui la caractérise, voici l'ouverture des accords de The Greatest, simplement la plus belle chanson de l’album : c’est une déferlante d’émotions, qui est accueillie par des applaudissements sauvages. Puis c’est l’explosion de Lived in bars, accueilli comme un hit, avec le guitariste Judah en plein trip rock, et avec des envolées aussi sèches qu’expansives. Un grand moment sur le morceau Aretha, Sing One For Me, (une cover de George Jackson), magnifiquement rendu dans un esprit Joss Stone, avec un Jim White très sensible derrière ses caisses. C'est réellement merveilleux, Chan semble totalement absorbée par la musique, avec le groupe derrière, qu’elle nous présente sur Cold We. En point d'orgue, une reprise indescriptible du Satisfaction des Rolling Stones, puis, avec Do You Do You Do et Naked If I Want to le rythme reste soutenu, avant d’arriver à la plus belle chanson de la soirée, Angelitos Negros, de Roberta Flack, une version poignante, tout simplement bouleversante !

En conclusion, voici le magnifique I've been loving you d'Otis Redding, dans une version remarquable, après près de deux heures de ce concert plein de mélodies douces, jouées dans l’enthousiasme général, qui montre que Chan est une artiste plus qu’intéressante. Le public, chauffé à blanc par tant de talent, en redemande avec force. In vain. Chan reste sur scène, pendant cinq minutes, radieuse, les lumières rallumées, en remercient le public... mais elle ne chantera pas ! Deux heures, c’est déjà un exploit. Elle s’en va, mais revient aussitôt sur scène avec une énorme gerbe de roses blanches, un cadeau de la soirée, son stress évacué. Encore un grand merci en mime, et, tout en dansant, une distribution délicate des fleurs, une par une, à des personnes (de son choix) dans le public de la fosse et de la mezzanine. Une fin qui semble ne jamais arriver, des applaudissements… le plaisir partagé d’une performance émotionnel et sincère.

Si vous ne connaissez pas Cat Power, il faut la découvrir sans tarder en commençant par son album « The Greatest » !!!

I've been loving you, Too long, to stop now… »







photos de oliver p

Chan Marshall, mieux connue sous le nom de scène Cat Power, est une chanteuse et parolière américaine originaire d'Atlanta (USA). La musique de Cat Power a la particularité d'être relativement minimaliste et extrêmement dépouillée. Avec son accent sudiste et ses mélodies minimalistes extrêmement dépouillées, la discrète Cat s'est imposée en sept albums comme une des plus belles voix de la folk américaine.

(http://www.myspace.com/catpower)


Dear Sir (1995)
Myra Lee (1996)
What Would the Community Think (1996)
Moon Pix (1998)
The Covers Record (2000)
You Are Free (2003)
The Greatest (2006)
Jukebox (2008)






 Chan Marshall: Vocal, Guitar, Piano
&
Dirty Delta Blues:
Judah Bauer - Guitar (Ex Jon Spencer Blues Explosion)
Gregg Foreman - Piano/Organ (Ex Delta 72)
Erik Paparazzi - Bass (Ex Lizard Music)
Jim White - Drums (Ex Dirty Three)


La Setlist du Concert
CAT POWER


Don’t Explain (Cover Billie Holiday) (Juke Box - 2008)
Woman Left Lonely (Cover Janis Joplin) (Juke Box - 2008)
Silver Stallion( Cover Lee Clayton) (Juke Box - 2008)
Theme From "New York, New York" (Cover Frank Sinatra) (Juke Box - 2008)
Lost Someone (Cover James Brown) (Juke Box - 2008)
Dreams (Single - 1998-11-26: Berne. S)
Lord, Help the Poor & Needy (Cover Jessie Mae Hemphill) (Juke Box - 2008)
Song to Bobby (Juke Box - 2008)
Dark End Of The Street (Cover Percy Sledge)
She’s got you (Cover Patsy Cline) (Juke Box - 2008)
Making Believe (Cover Loretta Lynn
Metal Heart (Moon Pix -1999) - (Juke Box - 2008)
Blue (Cover Joni Mitchell) (Juke Box - 2008)
Where Is My Love? (The Greatest – 2006)
The Moon (The Greatest – 2006)
The Greatest (The Greatest – 2006)
Lived In Bars (The Greatest – 2006)
Aretha, Sing One For Me (Cover George Jackson) (Juke Box - 2008)
Life Of The Party
Could We (The Greatest – 2006)
(I Can't Get No) Satisfaction (Cover The Rolling Stones) (The Covers Record – 2000)
Do You Do You Do
Naked If I Want To (Cover Moby Grape) (The Covers Record – 2000)
Angelitos Negros (Cover Roberta Flack)(Juke Box - 2008)
Ramblin' (Wo)man (Cover Hank Williams)(Juke Box - 2008)
I've Been Loving You Too Long (Cover Otis Redding)




La durée du concert : 2h00

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